Bienvenue

 

En retournant la vieille langue dans le pas à pas des jours remontent des pierres de feu    – que les savants nomment silex. Elles embrasent une poignée de feuilles et de phrases menues. Je me frotte les mains. C’est de l’engrais, j’ai toujours eu cette ferveur-là des collections de mots, mes carnets et mes manuscrits en gardent la trace. Le mot est texte, histoire, évocation et résonances, appel de son contraire, appeau qui en attire d’autres, tesson perdu qui happelle un texte latent en attente  – avec l’impatience d’un vent fou qui veut jeter son souffle et son trouble sur la page.

On voit vite tomber une volée d’étourneaux, un début de roman, une nouvelle, un poème, en écriture, je ne choisis pas.

 

C’est tendu entre ce qui s’arc-boute au-dedans, ce qui tangue ou s’ébroue et la langue. Celle-là, je la désire brève, raréfiée, tamisée, et elle paraît à sa guise. Autrement. Pas bien alignée sur la page, pas tirée au cordeau, pleine d’herbes sauvages, toute mal fagotée. Il faut y revenir sans cesse au travail. Anne Cauquelin dit du jardin qu’il « répond à une loi qui le met à part dans les productions humaines : celle de l’anentropie, ce travail incessant de reconstruction, de rapiècement, de rétablissement patient à partir de restes. »

Écrire, c’est ce grand geste d’effort.

Je vous invite à pousser les portes du jardin, à déambuler.

« Écrire, c’est une manière de respirer le monde », Sylvie Germain
Lire, également.

Publicités